Bibliographies

« L’ÉCOLE MARINE AU LIBAN » ( P. 15 A 20) EXTRAITE DE L’INTRODUCTION : « SUR LES RIVES DES DÉBUTS »   DU LIVRE DU DR. MAHA AZIZÉ SULTAN : « DES PIONNIERS DE L’ART PLASTIQUE AU LIBAN – CORM, SROUR, SALIBI.  1870-1938 » ED. KASLIK – LIBAN – 2006.

A partir de la deuxième moitié du 19ème. siècle, le Liban fût témoin de l’apparition d’artistes-peintres autodidactes, qui ont peints les paysages maritimes, à la manière des peintres turcs. Les critiques d’arts contemporains du 20ème.  siècle ont eu la coutume de donner à ce mouvement artistique de peinture le nom de l’École Marine. C’est donc un terme conventionnel technique exprimant un sujet artistique, non attaché à l’existence d’un établissement militaire à l’instar des écoles militaires d’Istambul, ou à l’étranger dans d’autres pays rattachés à l’Empire Ottoman.

Comme le déclare le critique d’art Nazih Khater, notre École Marine, dont les bases demeurent méconnues, n’a pas un vrai concept. Vu que durant la période allant de 1884 à 1914, les officiers turcs venaient en missions militaires maritimes à Beyrouth, dont le dessin et la photographie faisaient partie.

« Ils étaient accompagnés d’ingénieurs et topographes enregistrant les évènements subis par le port de Beyrouth, tels les bombardements de la ville par les vaisseaux italiens. Tout cela s’est produit dans le cadre d’un conflit Orient – Occident ( Turquie-Europe). Les artistes ramenaient avec eux leurs oeuvres et rentraient sans laisser de traces. D’autre part, nous constatons que ces mêmes artistes turcs avaient d’étroites relations avec les musulmans (sunnites) beyrouthins. Cette relation était due aux liens de mariage et de parenté, et c’est pourquoi, ils marquèrent les esprits de certains artistes- peintres libanais aux dons innés, qui se sont mis à les imiter en peignant les paysages » (Extrait d’un dialogue personnel que j’ai faite avec le critique d’art plastique Nazih Khater du journal An-Nahar en automne 2002.)

Quant à l’incidence locale de l’École Marine, elle est apparue au niveau des artistes qui ont peints avec pinceaux et sentiments les naufrages des navires, les évènements et les cérémonies dont ils ont été témoins, « Et avec ceux-là commença l’émergence de la personnalité libanaise tendant sa main aux étoiles en l’absence de marches atteignant une voûte lointaine. Cependant, l’École s’est distinguée par la précision et la force de l’observation des couleurs et des lumières. Une École qui s’est inspirée de la nature de la côte libanaise, ses empreintes formant alors une étape de vigilance égarée. Le très peu de traces qui perdurent, indiquent que cet art, même si la plupart des toiles comportent de très nombreux éléments artistiques, demeure un art rudimentaire qui a enseigné le dessin à ses titulaires, qu’ils ont exécutés  sans connaître ni ses racines ni ses esthétiques. » (Riad Fakhoury « Jardin des Côtes de l’Art Impressionniste » Ed. Galerie Bekhazi, Beyrouth 1993, p.33.)

Peut être que l’importance de l’École Marine est qu’elle fût liée à la position géographique de Beyrouth, de son port et de son rôle stratégique sur le bassin oriental de la Méditerranée, surtout après les projets successifs exécutés par le Sultanat Ottoman entre 1887 et 1894 dans le but de faire évoluer et d’améliorer le port de la ville, ce qui a provoqué un effet direct sur la vie économique beyrouthine, libanaise et syrienne. (Hassan Hallak, « Beyrouth dans la période Ottomane » Ed. « La Revue de l’Histoire des Arabes et du Monde » Tome 1, Beyrouth 1994, p.93.)

Tout comme les peintres turcs devant le Bosphore, les peintres libanais se tenaient devant le port de Beyrouth, ils ont enregistrés évènements et souvenirs qui n’ont pas tardé à intégrer les archives de la ville et sa riche histoire. A leur tête se trouve Ibrahim Serbaï (circa 1850-…), l’artiste qui s’est passionné pour la mer de Beyrouth et qui est devenu le sujet de conversation des beyrouthins et l’ornement de leurs maisons. Mostafa Farroukh (1901-1957) disait de lui : « Son art est méticuleux et d’une sublime élégance, excellent observateur, truffé de sentiments dans la mise en valeur des couleurs et des lumières transparentes et dans l’absence de couleurs sombres. Il a aussi excellé dans sa perception des vibrations des surfaces de l’eau et le reflet des objets flottants sur le plan de mer, ce qui nous rappelle les toiles du célèbre peintre vénitien, Canaletto, dont les tableaux sont exposés dans les plus importants musées du monde. Quant aux tableaux de notre peintre Serbaï le beyrouthin, ils s’installent au fond de l’anonymat et occupent les recoins les plus obscurs. » (Mostafa Farroukh, « L’Art et la Vie » Ed. « Maison du Savoir pour les Millions » – Beyrouth, 1967, p.139).

L’oeuvre la plus connue de Serbaï et celle qui l’a immortalisé est la toile qu’il a peinte à l’occasion de la visite de l’empereur Guillaume II à Beyrouth, le samedi 5 novembre 1898, venant de Jaffa par mer au bord du yacht impérial « Hohenzollern », escorté par des bâtiments allemands et ottomans, au milieu des décorations, des pancartes de bienvenue et d’arcs de triomphe qui avaient envahi Beyrouth, et de milliers d’accueillants venus de tout le Levant, acclamer l’amitié germano-ottomane. ( Abdel-Raouf Sinno : « La Tournée de l’Empereur d’Allemagne Guillaume II au Liban ». Bouquin du « Festival International de Baalbeck, No. 12 – 1998 – p.82-89). Ainsi paraît sur la toile le port de Beyrouth, orné de bannières, bondé d’une foule dense et des vedettes de la flotte escortant le monarque allemand et son épouse Augusta-Victoria. L’on voit, aussi, la foule de gens attroupés sur les quais où circulent parmi eux des calèches transportant les spectateurs habillés au style de l’époque.

Est ce le réalisme naturel, qui a distingué le style de Serbaï et qui est la cause de cette précision détaillée avec laquelle il a traité sa toile ? Ou est ce l’obsession topographique héritée de l’art turc qui lui a dicté la manière de s’exprimer sur cet évènement historique avec ses pulsations et sa chaleur ? A-t-il dessiné de visu en plein air toute la scène ou en partie, ayant recours, pour les détails, à la mémoire photographique, surtout que l’évènement a été suivi par l’objectif du photographe Adrien Bonfils (1861-1929) à Beyrouth ? Ces questions s’imposent devant ce tableau aux qualités esthétiques uniques dans leurs genres de l’art libanais de l’époque.

Dans cette même atmosphère topographique, Serbaï a peint une deuxième toile, représentant une vue globale de Beyrouth. Il s’est distingué dans une vision panoramique associant mer et terre. Les maisons paraissent serrées, couronnées de tuiles rouges, et au premier plan une ceinture verte qui n’est autre que la « Forêt de Pins (de Beyrouth) », lieu de rencontre de prédilection des gens pour leurs fêtes et leurs cérémonies.

Entre toutes les oeuvres non encore répertoriées d’Ibrahim Serbaï, il existe une, toujours inconnue, mais qui est l’une de ses plus belles réalisations dans l’art des mers. Elle est étroitement liée à une occasion officielle, qui n’est autre que l’opération d’achat de deux destroyers venus se joindre à la flotte ottomane de l’époque du sultan Abdel-Hamid II (1842-1918). Ces deux destroyers avaient quitté Istambul pour voguer les villes et les « wilayas » ottomanes, avec les pavillons turcs hissés sur les mats. Ils avaient traversés Tripoli,Beyrouth, Jaffa et d’autres villes méditerranéennes sous l’autorité ottomane. A chaque escale dans les ports, des festivités populaires leur étaient organisées.

Serbaï a peint le passage de ces deux destroyers dans les eaux territoriales libanaises au port de Beyrouth, avec un sens raffiné des couleurs. Il a tenu à accompagner l’évènement, dont la mer était le théâtre, en décrivant l’atmosphère brumeuse prévalent dans les profondeurs de la toile, avec une lumière tamisée qui a fait virer le bleu au vert gris, communiquant ses réflexions sur la douceur de l’eau de mer et les frissons des vagues tournoyantes.

On n’aurait pas pu découvrir les oeuvres de ces artistes autodidactes et leurs tableaus maritimes sans les écrits de l’artiste peintre Mostafa Farroukh originaire de Beyrouth. Il s’est attelé à traquer les oeuvres et à retracer leurs parcours afin de narrer une mémoire noyée dans les profondeurs du temps et presque disparue. Il nous cite avec Serbaï, Ali Jammal, qui est parti pour Istambul et s’est inscrit à l’école navale pour assouvir son amour de la mer, et (le voilà) en sortir officier de marine. Il a beaucoup peint sur le Bosphore, des toiles pleines de vigueur et d’aplomb, comme les navires au milieu des tempêtes. Grâce à son ardeur et à son génie, il a acquit dans la capitale ottomane une notoriété qui a fait de lui un enseignant dans plusieurs écoles, et où il était surnommé « Le Beyrouthin »

Un autre peintre, issu de la famille Dimashkié, a peint le naufrage du cuirassé Victoria dans les eaux de Tripoli, lors de la visite de la flotte anglaise. Après lui, s’égraine un chapelet d’artistes, nés sur la côte beyrouthine, dont Hassan Tannir, Sélim Haddad, Mohamed Saïd Merhi et Négib Bekhazi. Farroukh explique : « Tous ces peintres ont le talent manifeste et leurs tableaux étaient sans aucun doute d’une valeur certaine. Je cite en particulier Sélim Chébli Haddad (de Abey), qui a habité l’Egypte, quant à Mohamed Saïd Merhi (originaire de Basta), j’ai pu voir dans le portrait d’un homme issu de la famille Jaroudi, des qualités et des capacités immenses. Merhi a émigré en Amérique, tout comme Bekhazi en Russie, Haddad en Egypte, Jammal à Istambul et Serbaï vers sa tombe. » (Mostafa Farroukh, référence précédente p.142).

Les oeuvres de ces artistes cités par Farroukh ne se sont pas limitées aux paysages maritimes, mais ils se sont lancés dans les portraits de citoyens ordinaires de différentes catégories sociales. A brillé parmi eux Sélim Haddad, qui est l’un des pionniers de l’École Marine, comme portraitiste très doué. Parmi ses chefs-d’oeuvre, le portrait en pied de Sélim Bey Tabet en 1888 et un portrait assi de Mikhaël Chéhadé qui occupait le poste de traducteur du consulat russe, et d’autres portraits des plus éminents personnages de l’époque. Quant au talent de Négib Bekhazi, il était de moindre importance que celui de Sélim Haddad, et de ses oeuvres il ne reste que quelques portraits et modèles décrivant la vie populaire et folklorique libanaise.

Nazih Khater s’est posé des questions concernant cette génération d’artistes libanais qui ont très timidement entamé la peinture en situation, jusqu’à   sa complète consécration avec Khalil Saliby (1870-1928). Il considère leur manière de peindre comme antécédente au paysage libanais exécuté en situation, et penche à croire que c’était une pratique mondialement répandue dans les écoles de peinture et a mené à l’essor du mouvement impressionniste à partir de 1870 en occident.

Il semble tout de même, que la probabilité de l’initiation des artistes libanais ou turcs de l’École Marine par le mouvement impressionniste est peu probable. Plus plausible est l’influence des sujets de naufrage des navires dans les mers trouvés dans les oeuvres des peintres romantiques en occident. Parmi les plus connus sont le peintre anglais William Turner (1775-1861), le français Théodore Géricault (1791-1824), son élève Eugène Delacroix (1798-1863), le peintre russe Ivan Ivasovsky (1817-1900) et d’autres.

Il nous importe, dans ce contexte d’introduire le très populaire peintre russe Ivasovsky dont la renommée a dépassé les frontières de la Russie. Farroukh a expliqué:  » Ce peintre a passé sa vie à peindre en se déplaçant sur les côtes de la Mer Noire. Il a un grand tableau représentant une forte tempête aux puissantes vagues engloutissant une petite embarcation, qu’il a offert au sultan Abdel-Hamid II, lequel l’a décoré d’une distinction de Général de Marine, doublée d’une importante prime financière. » ( Mostafa Farroukh, référence précédente, p.38).

Ce qui indique la grande importance occupée par la peinture marine dans les palais d’Istambul, surtout lorsque le peintre turc Zaki Pacha (1866-1919) élève de l’École Marine, a offert au sultan Abdel-Hamid II, une toile inspirée d’une soirée sur le Bosphore. Le sultan l’a élevé au grade de lieutenant. Le sultanat offrait rituellement ces titres et décorations en guise d’estime aux peintres doués, afin de les encourager à poursuivre la peinture. (Gunsel Renda et Turban Erol dans  « Histoire de la Peinture Turque » p.65).

 

 

EXTRAITS DE LA CONFÉRENCE DU PEINTRE MOSTAFA FARROUKH AU ‘’CÉNACLE LIBANAIS’’ LE 14 SEPTEMBRE 1947 :

On peut dire que les prémices de la « Renaissance Culturelle et Artistique » au Liban sont parues au 19ème siècle. Dès le jour de cette prise de conscience, la renaissance a démarré forte, valorisée par les esprits désintéressés et fidèles, avec pour seuls concepts « la culture pour la culture » et « l’art pour l’art ». Tel chaque bond solide basé sur les forces psychiques ancrées en soi, elle s’est alors diffusée fournie comme une source de limpidité et de vie.

Je crois qu’il est avantageux, avant de parler des membres de cette pléiade d’artistes, de vous la présenter et de décrire son style et son objectif. Auguste Rodin, le maître de l’art moderne dans l’introduction de son livre « L’Art » concernant les véritables artistes déclare: « L’art est fidélité, une passion pour la nature, attention et sagesse, volonté et travail ». Ce sont les éléments de base d’un professionnalisme artistique et les membres de ce groupe possédaient ces qualités.

Nous commencerons par citer un des fondateurs de cette renaissance, le uléma Abdallah Zakher (1684-1748), qui en plus de son érudition, était artiste, et nous a laissé quelques toiles dont un autoportrait. Quand j’ai visité le couvent de « Saint Jean » des moines Grecs – Catholiques près de Choueir, j’ai observé l’imprimerie qu’il a fabriqué avec l’aide des moines, les caractères en bois et les sculptures qu’il a faite et qu’il a utilisé pour l’impression du premier livre au Liban. Aussi l’artiste Kanaan Dib Dib de Dlebta, est un autodidacte et nous a laissé des toiles pleines de sensibilité et d’un « soufisme » merveilleux, aussi le peintre Négib Youssef Chucri de Deir-el Kamar (1897) et encore Négib Fayad et Ibrahim Serbaï de Beyrouth (1865) et Dimashkié et Saïd Merhi et Ali Jammal. La plupart d’entre eux, se sont attelés dans leurs dessins à peindre des navires, des paysages et la mer. Les tableaux de Serbaï nous rappellent l’artiste de Venise Canaletto, qui a passe sa vie à peindre les canaux de Venise et ses navires. Le tableau le plus connu de Serbaï est le tableau qui représente la réception de l’empereur Guillaume au port de Beyrouth bondé de bateaux, et il a peint d’autres tableaux. Quant au tableau le plus connu de Dimashkié, est celui qui représente le fameux accident maritime et c’est le naufrage du cuirassé britannique le « Victoria » dans les eaux de Tripoli, suite à la visite de la flotte britannique dans notre pays. Il y a aussi Merhi qui a essayé les portraits et a dû quitter pour l’Amérique.

Enfin l’officier Ali Jammal, qui avait la fougue de peindre la mer, les vagues et les bateaux, a fini par voyager a Constantinople et s’est inscrit à l’école militaire de la marine où il a été promu officier. Ces peintres ont peints surtout la mer et les bateaux à cause des mentalités de l’époque. Un des pionniers de cette renaissance (artistique) est Sélim Haddad de Abey, qui a peint en Egypte et qui s’est bâti une grande notoriété. Il y a aussi Négib Bekhazi qui a émigré en Russie. Mais je ne peux m’exprimer concernant leurs œuvres vu que je n’ai pas eu la chance d’admirer.

A présent nous parlerons d’un deuxième groupe, qui a été le pionnier des voyageurs en Europe pour les études de la peinture sous les auspices des grands maîtres. L’artiste Raïf Chaddoudi qui s’est préoccupé de portraits, et qui a exécuté deux tableaux remarquables, représentant M. Massaad et son fils. Il est mort jeune à cause de ses soucis et de ses problèmes et n’a laissé qu’un nombre (limité) de portraits.

Daoud Corm (1852-1930)
Daoud Corm a été le premier d’entre nous à instituer un art mûr. Il a eu la chance de voyager en 1865 au berceau des arts : l’Italie, où il a visite de nombreux musées et les grandes académies artistiques et a pu longuement admirer les chefs d’œuvres des grands maîtres comme Michelangelo, Raphaël et Véronèse. Daoud Corm a été influencé par l’esprit de Raphaël et de son école. Il nous a légué un bel art rempli de passions, de finesses et de sentiments.
Un de ses contemporains est Chucri Moussawer, dont les quelques tableaux restants, indiquent une nette amélioration dans la perception des couleurs et de l’ambiance libanaise qui déborde de lumière, de brise et de perspective.

Habib Srour (1860-1938)
Habib Srour a étudié l’art à Rome en 1870, il a raffermi ses qualités et a dépassé ses compères, quand il a dénoté un immense talent suite aux confirmations des grands artistes occidentaux qui étudiaient avec lui. Il a peint pour « l’École Maronite » à Rome, un portrait du Patriarche «  Jean – Maroun », qui est considéré comme un chef d’œuvre dans la capitale des arts. Il est important de citer l’une de mes visites à son atelier. Je l’ai trouvé comme à son habitude entrain de peindre une minuscule branche aux feuilles mortes. Étonné, je lui ai demandé : Pourquoi? Il s’est retourné vers moi souriant, ses lunettes tremblantes sur le haut de son nez aigu et m’a répondu : « (Ah) Si je pouvais, Mostafa, arriver à reproduire ce que possède cette branche sèche de précision et de beauté. Elle m’a rendu perplexe et incapable. Tout est périssable, et la valeur de la vie est dans son idéalisme et sa moralité, cet idéalisme que vivent les artistes et leurs égaux et la douleur qui ronge leur esprit, sont les éléments les plus importants dans la vie des intellectuels et la valeur de leurs  œuvres ». Puis il s’est retourné vers son tableau disant : « Ne connaît point Dieu, qui n’a pas connu la douleur ».
Négib Kikano a vécu à la même époque que Srour, mais n’a pas longuement travaillé dans l’art à cause de sa mauvaise santé.

Khalil Saliby (1870-1928)
Saliby ressemblait à ses camarades dans son génie et sa technicité, cependant il était poète génial et musicien compositeur très raffiné dans ses couleurs, qui se sont avérées plaines de douceur, d’homogénéité et de libéralisme. C’était un homme révolté, farouche, à l’esprit avide, un insurgé contre son milieu, franc dans sa critique. Cette franchise qui lui a couté la vie, finissant par être la cause de son assassinat avec sa femme américaine, à Beyrouth durant l’été 1928.

Gibran Khalil Gibran (1883-1931)
Nous le citons ici, bien qu’il a été plus connu dans ses écrits que dans ses dessins, mais il a étudié le dessin quand il était un jeune chez le professeur Srour, qui me l’a rapporté.
Puis il a émigré à Paris et aux États-Unis où il a terminé ses études, artistiques et les autres. Il nous a laissé des dessins plutôt symboliques, doux à l’esprit « soufi », pleins d’une âme et d’une philosophie orientale. Ils ont augmentés sa littérature de goût et de clarté.

Macaroff Fadel (1910-1945)
Je ne voulais pas terminer ma plaidoirie par un drame de jeunesse, mais je n’ai pas pu terminer ma conférence sans mentionner ce jeune homme qui, à peine s’était lancé dans la vie avec de grands espoirs dans le domaine de l’art, a été enlevé de parmi nous par le destin, et c’est du feu Macaroff Fadel dont je parle.

 

EXTRAITS DE L’INTRODUCTION : « L’ÉVEIL »  DU LIVRE  “L’ART CONTEMPORAIN AU LIBAN » D’ EDOUARD LAHOUD – DAR AL MASHREK – LIBAN – 1974.

Le littoral et surtout Beyrouth était devenu une tête de pont, un nœud de communications internationales, un centre culturel, touristique et commercial. C’est là que l’art commence à s’ouvrir aux grands courants extérieurs. On assiste en même temps à la naissance du théâtre, de la grande imprimerie, de la bibliothèque publique, du journal et de l’université.

Cette période d’ouverture est caractérisée par le grand nombre d’artistes occidentaux «orientalistes» qui affluent sur le littoral et s’appliquent à en peindre amoureusement les moindres recoins. Ils sont séduits par la pureté de son atmosphère, ses beautés naturelles, ses vestiges du passé, le style oriental de ses constructions et le costume des autochtones. Le premier de ces peintres étrangers est l’Anglais Bartlett, venu en 1834 au Liban installer son chevalet de peintre sur le rivage de Beyrouth, dans ses faubourgs, pour peindre la mer, les minarets, les tours, les maisons blanches, les sycomores, les figuiers de Barbarie, les hommes en costume arabe et les femmes coiffées du tan tour.

Puis vient Vignal qui se spécialise dans l’aquarelle. On a de lui un paysage de Kfarchima, une scène de café «indigène» à Dbayyé, une vue de Minet el-Hosn où l’on voit une partie du rivage de Beyrouth ainsi que la montagne.

Ces artistes étrangers orientalistes donnent le point de départ à une école de peinture «marine», née à Beyrouth au milieu du 19ème siècle et qui se consacre avant tout à la peinture des bateaux et de la mer. L’influence européenne n’est pas la seule à agir sur cette école, car l’école turque dont le style prévalait dans toutes les provinces de l’Empire a aussi joué un rôle certain dans l’art de cette école à Beyrouth et à Tripoli. Parmi ces influences directes, signalons son souci de fixer sur la toile les événements historiques, surtout les batailles, en cherchant à y introduire le plus grand nombre possible de personnages pour mettre en relief la portée historique de ces événements.

Un des pionniers de cette école marine était un garçon chétif, très soigné de sa personne, qui restait des heures entières à contempler, insatiable, la mer et les vagues. Il s’agit d’Ibrahim Sarabiyyé (Serbaï) de Beyrouth. Il est l’auteur de portraits et de paysages mais il a excellé surtout à peindre la mer et les bateaux. Une de ses œuvres maîtresses est un grand tableau représentant la réception de l’empereur allemand Guillaume II au port de Beyrouth. On y voit le port décoré de drapeaux, noir de monde, plein des unités de la flotte d’escorte. Sur les quais, parmi la foule, quelques voitures à cheval transportent des curieux en costume local traditionnel. Sarabiyyé maniait le pinceau avec une délicatesse et une finesse extrêmes. Il avait un sens aigu de l’observation; avec cela, une habileté étonnante à mettre en relief les couleurs, les lumières et la transparence de l’air. Il excellait à peindre l’agitation et les reflets de l’eau. Il fait penser aux tableaux du célèbre artiste vénitien Canaletto.

A la même époque, dans une de ces ruelles étroites et sombres de Beyrouth, un autre garçon nommé Jamal commençait à manifester ses goûts et son talent. Il passait le plus clair de son temps à contempler l’immensité bleue de la mer. Jeune homme, il décide d’aller à Istamboul et d’entrer à l’École de guerre d’où il sortira officier de marine. Sur le Bosphore il peint quantité de tableaux pleins de vigueur. Il s’établit à Istamboul et y travaille comme professeur de dessin dans plusieurs écoles gouvernementales. Il manifeste dans ses œuvres une maîtrise parfaite de tous les genres de peinture : portraits, peinture d’animaux et de paysages. Il se fait remarquer par la précision du dessin, l’exactitude de la couleur, la fermeté de l’exécution et la sérénité de l’ambiance.

Mentionnons un autre pionnier de ce renouveau artistique, un jeune homme de la famille Dimachqiyyé, auteur d’un tableau qui montre le cuirassé Victoria en train de sombrer dans les eaux de Tripoli, lors du passage de la flotte anglaise dans la région. Après Dimachqiyyé, ce sont Hassan Tannir, Salim Haddad de Abayh, Muhammad Saïd Mer’i du quartier de Basta et Najib Bekhazi du quartier d’Achrafiyyé. Mer’i émigre en Amérique, Haddad en Égypte et Bekhazi en Russie. Le plus remarquable de ces artistes est Salim Haddad qui jouit à son heure d’une grande célébrité en Égypte. En somme, le mérite de cette école marine est d’avoir su mettre en valeur l’ambiance chaude et lumineuse de la côte libanaise.

 

 

EXTRAITS DE LA  « PETITE HISTOIRE DE LA PEINTURE AU LIBAN – L’ÉVEIL »  PAR ABDALLAH NAAMAN

Beyrouth devient alors un grand centre culturel, touristique et commercial. On assiste à la naissance du théâtre, de la grande imprimerie, de la bibliothèque publique, du journal et de l’université. Nombre d’artistes occidentaux affluent au Liban et s’appliquent à en peindre amoureusement les moindres recoins. Ils sont séduits par la pureté de son atmosphère, ses beautés naturelles, ses vestiges du passé, le style oriental de ses constructions et les costumes des autochtones. Le premier est l’anglais Barlett, venu en 1834 installer son chevalet sur le rivage de Beyrouth, dans ses faubourgs, pour peindre la mer, les minarets, les tours, les maisons blanches, les sycomores, les figuiers de Barbarie, les hommes en costume arabe et les femmes coiffées du tantûr. Ensuite vint Pierre Vignal (1855-1924) qui se spécialise dans l’aquarelle. On a de lui un paysage de Kafarchîma, une scène de café « indigène » à Dbayya, une vue de Mînâ’ al-Husn où l’on voit une partie du rivage de Beyrouth ainsi que la montagne. Puis, c’est le tour de Louis-François Cassas (1756-1827), envoyé par Louis XV (1710-1774) en mission en orient, et qui fit des centaines de dessins.

Ces artistes donnent le point de départ à une école de peinture «marine», née à Beyrouth au milieu du XIXe siècle et qui se consacre avant tout à la peinture des bateaux et de la mer. L’influence européenne n’est pas la seule à agir sur cette école, car l’école turque, dont le style prévalait dans toutes les provinces de l’Empire ottoman, a aussi joué un rôle certain dans l’art de cette école, à Beyrouth et à Tripoli. Parmi ces influences directes, signalons son souci de fixer sur la toile les événements historiques, surtout les batailles, en cherchant à y introduire le plus grand nombre de personnages pour mettre en relief la portée historique de ces événements.

Un des pionniers de cette école marine est le Beyrouthin Ibrâhîm Sarabiyyâ (né en 1865). Auteur de portraits et de paysages, il a excellé surtout à peindre la mer et les bateaux. Une de ses œuvres maîtresses représente la réception de l’empereur allemand Guillaume II (1859-1941), au port de Beyrouth, qui fait penser aux tableaux du vénitien Giovanni Canaletto (1697-1768).

À la même époque, un garçon Beyrouthin nommé Jammâl passait le plus clair de son temps à contempler l’immensité bleue de la mer. Il décide d’aller à Istanbûl et d’entrer à l’école de guerre, d’où il sortira officier de marine. Sur le Bosphore, il peint quantité de tableaux pleins de vigueur. Il s’établit à Istanbûl et y travaille comme professeur de dessin dans plusieurs écoles gouvernementales.

Un autre pionnier de ce renouveau artistique, un jeune homme de la famille Dimachqiyya, est l’auteur d’un tableau qui montre le cuirassé Victoria en train de sombrer dans les eaux de Tripoli, lors du passage de la flotte anglaise dans la région. Après lui, ce sont Hasan al-Tannir, Salim Haddad, Muhammad Sa’îd Mir’i et Najib Bikhazi. Mir’i émigre en Amérique, Haddad en Égypte et Bikhazi en Russie.

Le Grand Méconnu, par Nicole Malhamé Harfouche